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Turks & Caicos

Adieu République Dominicaine, ta verdure, tes cascades et rivières, tes appros pas chers, la gentillesse de tes habitants, toutefois nous n'oublierons pas de nous acquitter d'une modique somme réclamée, pour "les infrastructures portuaires", dock et poubelles !. Des italiens croisés au bureau des douanes nous font remarquer qu'ils arrivent de Cuba et que là les choses sont cent fois plus faciles et beaucoup moins chères... Qui croire dans tout cela!! Enfin on verra bien nous même une fois arrivés là!.

Nous quittons Lupéron vers 17h30 et la météo s'avère être un peu plus soutenue qu'annoncée par les weather fax et compagnie et c'est avec 25-30 noeuds que nous entamons la navigation qui doit nous faire traverser Mouchoir passage et nous mener à Sand Cays, la première des Turks. Avec une moyenne de 6-7 noeuds nous arrivons plus tôt qu'espéré dans ce petit îlot paradisiaque mais désolé. Sable blanc et eaux bleues turquoises sont omniprésents, que l'on se rassure cela n'a rien de lassant et l'on en profite pour se mettre à l'eau. Chose impossible à faire en raison des intempéries et des différents mouillages ou nous nous sommes arrêtes en République Dominicaine.

 

Houleux ce mouillage!, nous décidons de rejoindre Little Ambergris, au sud des Caïcos cette fois. Las Brisas dont le tirant d'eau est plus important que nous fait route au nord et nous au sud des Ambergris... Nous naviguons dans un champ de patates de corail plus ou moins submergées puis il faut tout de même s'arrêter et nous le ferons dans un mètre d'eau. Nous allons faire un tour en annexe, Iritis se trouve seul sur ce fond de sable et dans cette eau transparente. Personne à l'horizon, Little Ambergris n'est pas habitée. Nous dérangeons juste un requin nourrice de taille raisonnable en pénétrant dans le lagon mangrove qui, si on le poursuit jusqu'au bout, mène de l'autre côté de l'île, mais dans 10 centimètres d'eau!. Une nuit au calme au beau milieu de nulle part et un dernier contact radio avec Las Brisas qui est entre Little et Great Ambergris puis nous rebroussons chemin pour ressortir de ce champ sans fond. Las Brisas poursuivra vers les Iles Providenciales et nous vers Cockburn Harbour.

 

Cockburn Harbour fait partie des Caïcos du Sud. Nous y arrivons vers 15h30 après avoir longé Long Cay, un grand caillou de 2 miles qui protège la baie de Cockburn Harbour. Avant de rentrer nous passons sur un tombant de plus de 300 mètres de profondeur qui d'un seul coup remonte à 40 mètres et une fois dans la passe il y a moins de 4 mètres! Il existe très peu de cartes et presque aucune documentation sur les Turks et Caïcos et lorsque dans les guides on vous demande de naviguer d'abord le nez sur votre sondeur et de ne pas tenir compte des cartes, on est bien obligé de les croire! L'eau est si limpide que l'on voit les gorgones violettes et les lambis qui tapissent le fond. Abrités derrière Long Cay nous contactons les Customs par radio. Un vrai bonheur de faire des formalités ici! Les gens sont charmants, et comme les bureaux entre douanes et immigration sont éloignés l'un de l'autre, Jean-Luc se fait prendre en stop par des canadiens et se fera raccompagner jusqu'à son annexe par l'immigration. Coût des formalités : 5usd!!! On a du mal à croire à une telle différence de tarif.

Cockburn Harbour est une petite île bien paisible. Le petit port est rempli de barques de pêcheurs, qui partent le matin et reviennent le soir. Ils pêchent dans le Banks mais vont assez loin. Leur pêche est essentiellement constituée de lambis, mais aussi de poissons qu'ils remettent à la coopérative locale. Nous essaierons bien de leur en acheter, mais ils refusent. Le village est assez pauvre et délabré. Quelques maisons sont construites en dur mais la plupart semblent prêtes à s'envoler au premier coup de vent. Les habitants que nous avons croisés jusque là vivent dans un état de pauvreté pire qu'en république dominicaine et déambulent dans les rues avec un air un peu fada! (sans doute les mariages consanguins!) ou restent assis dehors à parler tout seul, la langue de shakespeare! Ici le tourisme n'est pas encore installé. Cependant les Canadiens que Jean-Luc a rencontrés à terre travaillent à la construction d'un resort... Un petit aéroport relie Cockburn Harbour à Providenciales, un petit caboteur arrive tous les soirs avec quelques mini conteneurs. Bien sûr derrière le délabrement de certaines de ces maisons de splendides pick-up ou 4X4 se cachent... la civilisation est bien là tout de même, même si les petits cochons se promènent en ville!! Bref, si les touristes ne sont pas encore arrivés jusque là, il n'en est pas le cas des moustiques!!! Omniprésents, ils sont là à toute heure à terre. Sur le bateau ils ne font leur apparition qu'à la tombée du soleil, mais n'oublient pas de faire un détour à votre bord. So polite!!

Nous passerons plusieurs jours à Cockburn Harbour, le temps d'aller faire une plongée sur un tombant magnifique. La météo est assez venteuse et nous nous y rendons en annexe. Nous commençons sur le platier à 10 mètres et continuons progressivement notre descente jusqu'à 36 mètres. La visibilité est exceptionnelle, il y a un peu de courant et nous nous laissons porter au milieu des gorgones, des éponges barils assez larges au point que je peux presque disparaître complètement à l'intérieur! Les éponges tubulaires couleur lavande ont un petit air de grandes orgues et ouvrent les profondeurs de ce mur sans fin. Les poissons sont aussi au rendez vous et nos copains les barracudas nous sont toujours fidèles. Un énorme capitaine nous ignore complètement et Jean-Luc n'a même plus de film pour l'immortaliser. Une tortue fait un bout de route avec nous. Tout ce petit monde semble bien préservé, et peu inquiet de notre présence. Il est vrai qu'ici, la pêche est formellement interdite, aux touristes, qu'elle soit à la ligne ou au fusil harpon quel qu'il soit... au grand désespoir de Jean-Luc! Le soir, alors que le courant s'inverse dans la passe, une multitude de petites méduses en profite pour y entrer ce n'est pas le moment de se mettre à l'eau! Toutefois et pour la photo, nous remonterons un squelette des sand biscuit !

Nous décidons d'aller mouiller au sud de Long Cay où de là nous pourrons faire route vers Providenciales à travers le Banks. Nous pensons pouvoir, vu notre faible tirant d'eau, atteindre la pointe sud par l'intérieur de la baie, mais deux pécheurs nous déconseillent de le faire en nous faisant signe qu'il n'y a pas d'eau. Nous attendons donc que le vent, qui souffle à 30 noeuds dehors, tombe un peu et que le courant dans la passe s'inverse et remettons notre sortie au milieu de l'après-midi. Nous arrivons à Long Cay sud où nous mouillons pour la nuit. Une petite tentative d'aller à terre pour y voir les nombreuses montagnes de lambis vides qui sont déposés ça et là, le petit bout de mangrove me fait pressentir que la visite va tourner court, nos copains mosquitos ne sont sûrement pas bien loin. Gagné! Ils se précipitent sur nous comme la mouche sur le vinaigre! Dommage, de si belles plages rien que pour les moustiques! Quel gâchis!

Au petit matin du 3 mai nous quittons Long Cay et ses suçeurs de sang en direction de Providenciales. La navigation s'effectue à travers le Banks et ses patates de corail, dans une eau peu profonde. Nous avons 42 miles à faire, rarement nous aurons plus de 4 mètres d'eau, le sondeur nous donnera plus souvent 1,70 m. Certaines patates sont visibles de loin grâce à des brisants, d'autres non... Le vent nous accompagne et nous naviguons avec le génois et avançons en moyenne à 5 nœuds. Enfin devant nous se dessinent les îlots nombreux de Providenciales. Dernière étape avant les Bahamas.

Les Iles Providenciales, dont la capitale est maintenant appelé Provo tout simplement, est nettement plus développé que Cockburn Harbour! A notre arrivée nous voyons un port marchand en pleine activité, des maisons partout. Nous mouillons a Sapodilla Bay devant une jolie plage et des barraques "chics et chères!". Quelques voiliers canadiens et américains sont là. C'est samedi, donc nous remettons notre sortie des Caïcos à Lundi matin. Le dimanche nous décidons d'aller faire un tour "en ville". Nous partons à pieds et très vite une voiture s'arrête et un chef d'entreprise nous emmène à la ville en continuant de chanter les cantiques que la radio retransmet! Nous apprendrons quand même qu'il dirige une société de développement en construction et c'est lui qui en quelque sorte bétonne l'île! A notre grand regret, c'est dimanche et nous ne pouvons rien faire, tout est fermé et la ville ou il y a tout est perdue au milieu d'un désert aride! Il fait ici très chaud et sec. Une exploration du lagon que nous avons vu en passant en voiture nous sera surement plus agréable! Au retour un minibus s'arrête et veut nous emmener moyennant 10 usd! Plus cher qu'à St Martin les transports en commun, nous préférons continuer à pied! Moins de 5 minutes après une charmante dame s'arrête pour nous emmener et nous acceptons. Sa voiture possède la clim, quel bonheur, allons; ne crachons pas dans la soupe tout de même! Elle revient de New york et ne tarit pas d'éloge sur cette bonne ville, bien que les hotels soit très chers et que les repas aussi! Au vu de la taille de la dame j'imagine que le hamburger devait être quadruple!

Nous retrouvons avec plaisir la mer. Après avoir longé des plages et de belles baraques nous constatons que, effectivement cette île est en pleine expansion! Il y a même un Club Méditerranée. Il est vrai que ce n'est guère loin des Etats-Unis et relativement bien relié au continent. Nous trouverons bien un lagon mais pas le bon! Au fond de ce lagon un petit voilier a quand même réussi à venir s'y blottir en dépit du peu d'eau qu'il y a.

Nous quitterons Provo le 5 mai suivi par un petit voilier norvégien pour les West Caïcos. Il fait un temps magnifique et nous arrivons sur cet îlot tout blanc et bleu. Nous mouillons au pied des rochers. Un dauphin vient tourner autour du bateau et disparaît. Il y a un tombant juste derrière nous et c'est ici que viennent les clubs de plongées de Provo. A peine arrivés nous nous mettons à l'eau pour une plongée. La visibilité est bonne; il y a un bon courant et nous descendons sur ce tombant moins lumineux toutefois que celui de Cockburn Harbour. Il y a des poissons en grand nombre et qui se laissent relativement approcher. Nous descendons à 46.90m. Le soir nous sommes K.O.et même si le mouillage est un peu rouleur nous ne le sentons pas.

Aujourd'hui nous quittons les belles Turks and Caïcos et j'avoue que, bien que plates et truffées de moustiques, on en oublie vite ces petits désagréments quand on pense aux eaux transparentes et chaudes, aux fonds magiques enfin et surtout après St Martin, et on jouerai bien les robinsons ici un moment! Et voilà pourtant il faut bien continuer et nous avons 50 miles à faire pour rejoindre Abraham's Bay sur Mayaguana, dans les Bahamas. Nous mettons les lignes à l'eau, décidés cette fois à en découdre avec autre chose que ces fichus barracudas. La navigation est tranquille, il y a un bon vent, toutes voiles dehors nous avançons. Tout à coup, ce petit bruit de cane qui se bloque et de ligne qui défile résonne, tout le monde sur le pont... Un poisson a mordu!!! La bataille fut rude, près de deux heures seront nécessaires pour tenter de fatiguer la dorade coryphène et l'amener à bord. Un monstre! Environ 30kg, et oui nous ne pouvons que donner dans l'approximation puisque notre balance ne monte qu'à 20kg. Nous avons de quoi manger, qu'on se rassure, du Mahi-Mahi sous toutes ses formes et même une partie finira en conserve. Jean-Luc a ici une prise de choix! Un bon souvenir des Caïcos alors qu'ici on ne peut pas pêcher! Les pêcheurs n'ont qu'à bien se tenir maintenant!